Nous avons eu l'occasion de rencontrer Kasper Elmgreen à l'occasion de l'Amundi World Forum qui se tenait au début du mois de juin à Paris. L'homme est devenu le responsable des investissements sur les actions du gestionnaire français d'actifs en 2019, après avoir occupé des fonctions similaires pendant près de 15 ans chez les asset managers scandinaves BankInvest Asset Management et Nordea Asset Management. Aujourd'hui, il s'occupe également de la plateforme d'Amundi sur les actions européennes, japonaises et globales. Pour Trends-Tendances, Kasper Elmgreen s'arrête sur l'état des marchés financiers actuels et pointe les différentes opportunités qu'ils recèlent.
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Nous avons eu l'occasion de rencontrer Kasper Elmgreen à l'occasion de l'Amundi World Forum qui se tenait au début du mois de juin à Paris. L'homme est devenu le responsable des investissements sur les actions du gestionnaire français d'actifs en 2019, après avoir occupé des fonctions similaires pendant près de 15 ans chez les asset managers scandinaves BankInvest Asset Management et Nordea Asset Management. Aujourd'hui, il s'occupe également de la plateforme d'Amundi sur les actions européennes, japonaises et globales. Pour Trends-Tendances, Kasper Elmgreen s'arrête sur l'état des marchés financiers actuels et pointe les différentes opportunités qu'ils recèlent. TRENDS-TENDANCES. Comment analysez-vous la situation actuelle sur les marchés financiers?KASPER ELMGREEN. Les Bourses ont tendance à anticiper les développements dans l'économie. A l'heure actuelle, le contexte est toutefois très incertain, avec des écarts très importants en fonction d'événements susceptibles de se produire durant les prochains mois, que ce soit en matière de politiques monétaires, de l'évolution des tensions géopolitiques ou des problèmes d'approvisionnement. Il y a aujourd'hui un grand ensemble d'éléments qui pourraient jeter l'Europe dans une récession. Mais dans le même temps, le continent pourrait également échapper aux mauvaises nouvelles si un accord est trouvé rapidement en Ukraine. Il y a aujourd'hui peu d'éléments qui laissent penser que l'économie va soudainement s'effondrer et les attentes bénéficiaires restent encore très solides. Mais dans ce contexte d'incertitude, il n'est pas étonnant que les actions éprouvent des difficultés à afficher des performances positives. Mon sentiment est que nous sommes en train d'attendre que la tempête se déchaîne. Comment voyez-vous la situation évoluer?La question qu'il faut aujourd'hui se poser c'est si les risques ont été bien intégrés dans les valorisations, après un recul des cours de 35% depuis les sommets atteints dans le courant 2021. Je pense que cette baisse a amené certaines sociétés à des niveaux aujourd'hui attractifs et qu'il y a clairement des opportunités pour les gestionnaires actifs. Mais à condition de se montrer sélectif. Dans ce contexte, quels sont les secteurs que vous privilégiez?Le secteur bancaire va bénéficier de la hausse des taux directeurs, et la fin des taux négatifs pratiqués par la Banque centrale européenne va constituer un important soutien aux bénéfices du secteur. La crise actuelle n'est pas une crise du secteur financier et nous apprécions plus particulièrement les grandes banques de réseau qui ont passé l'essentiel des 10 dernières années à se rendre moins systémiques. Nous apprécions également les valeurs exposées sur la consommation cyclique et davantage tournées vers la demande domestique, comme les compagnies aériennes low cost ou le secteur des loisirs. Enfin, le secteur des matériaux de construction doit également être privilégié, en raison des politiques budgétaires qui sont en train d'être mises en place (Green Deal, etc.). Est-ce que l'action "value" doit encore être privilégiée?Les cycliques de bonne qualité et le style value ont réalisé une bonne performance face aux actions de croissance depuis le début de l'année. Nous pensons que ceci marque un changement d'orientation après une très longue période de surperformance pour les actions de croissance, provoquée par la faiblesse des taux directeurs des grandes banques centrales. Les actions value restent valorisées de manière attractive et devraient globalement bénéficier de la hausse des investissements dans la transition énergétique. Mais les valeurs technologiques de croissance ont été tellement décotées ces derniers mois qu'il est désormais possible de trouver des opportunités sur ce segment, même si les groupes lourdement déficitaires devraient encore rester sous pression pendant un moment. Et de manière symptomatique, nous avons eu l'occasion d'investir pour la première fois dans des actions technologiques dans nos fonds value. A ce sujet, le timing des différents plans d'infrastructure sera-t-il en mesure de diminuer une partie des incertitudes macroéconomiques?Contrairement aux plans de relance mis en place aux Etats-Unis, qui ont surtout comme conséquence de mettre l'économie en surchauffe, le timing des différents plans européens devrait effectivement permettre de contrer l'impact du ralentissement économique. A quoi faut-il être attentif, dans les conditions actuelles?Les nuages sont aujourd'hui très menaçants au-dessus des marchés européens, ce qui nécessite d'être très sélectif. Il faut être plus particulièrement attentif à la situation financière des entreprises et à leur capacité de pouvoir défendre leurs marges grâce à des positions dominantes ou à la force d'une marque ou d'un brevet. La forte hausse de l'inflation va avoir des conséquences très différentes selon les entreprises au sein d'un même secteur. Le message des entreprises est devenu un peu plus prudent suite aux résultats du premier trimestre et je m'attends à une volatilité accrue avec un impact plus marqué sur les résultats, durant la saison de leur publication qui va commencer dans les prochains jours. Les consommateurs vont également adapter leurs habitudes en achetant moins ou des marques moins chères.Et pour les prix de l'énergie?Nous pensons que les pressions vont encore persister pendant quelque temps en raison des sous-investissements de ces dernières années qui empêchent d'augmenter significativement la production. Et il semble bien que nous aurons encore besoin du pétrole un peu plus longtemps que prévu. Le plus grand risque pour le pétrole est que le niveau élevé de son cours provoque une récession susceptible de faire plonger la demande. Est-ce que la recherche d'autonomie de l'Europe est une opportunité?Augmenter l'autonomie européenne dans des secteurs comme l'énergie ou la défense va nécessiter des investissements significatifs, en particulier si la volonté est désormais d'accélérer cette transition. Pour les investisseurs, ce processus sera synonyme d'opportunité significative s'ils parviennent à se positionner sur les entreprises qui fourniront des solutions. Il s'agit toutefois d'une opportunité de long terme qui va permettre de créer un meilleur environnement pour attirer les capitaux privés. Par exemple, si l'Europe a l'ambition de développer une capacité de production en semi-conducteurs, il faut que l'approvisionnement en électricité soit assuré car redémarrer une usine de production de composants prend entre quatre et huit semaines et une coupure de l'alimentation a des conséquences astronomiques sur la rentabilité d'une telle usine.